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Oumar NDIAYE "Xosluman", auteur, compositeur : "Je ne me considère pas encore comme un artiste" | Oumar NDIAYE "Xosluman", auteur, compositeur : "Je ne me considère pas encore comme un artiste" |
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Guitare sèche, voie légère, silhouette fine, le portrait de Oumar Ndiaye est bien campé dans le paysage musical sénégalais, depuis son fameux tube Xosluman, sorti en 1995. Avec son nouvel produit Feel acoustique, il continue la ligne mélodique qui a été toujours la sienne. A l’aise dans son style, il nous conduit, dans cet entretien, dans son univers musical.
Une sensation acoustique
‘J’ai eu l’idée de faire un album 100 % acoustique parce que j’ai un public qui m’aime bien dans la ligne purement acoustique. C’est pourquoi je suis venu avec cet album Feel acoustique qui veut dire sentir l’acoustique. C’est un projet que j’ai longtemps mûri. Ça fait longtemps que j’avais l’intention de vouloir faire une production à dans ce style. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle je me suis auto-produit. Parce que souvent les producteurs te conditionnent à sortir une musique purement mbalax, pour pouvoir mieux vendre. Cette fois, c’est moi qui voulais vraiment faire ce que je sens : une musique purement acoustique. Même si ce n’est pas le style qui est le plus vulgarisé au Sénégal.’ Un produit pour le marché extérieur ? ‘Il faut que ça soit très clair : je pense que ce n’est pas du tac au tac qu’on peut sortir une œuvre artistique. Une œuvre artistique se travaille sur des années. C’est pourquoi je n’aime pas encore dire que je suis un artiste. Je pense que je ne suis pas encore un artiste, au contraire je lutte pour accéder au statut d’artiste. Le genre acoustique, ce n’est pas seulement une cassette ou un album, c’est tout une vie. Tous les artistes qui font vraiment de la musique acoustique ont toujours adopté ce genre dès leur début. Donc l’acoustique, c’est pour moi une carrière, ce n’est pas seulement un album. Je ne sais pas si c’est une bonne manière de vouloir conquérir le marché en se levant un jour pour faire un album, mais je ne suis pas dans cette logique. L’acoustique, c’est une vie, tu grandis avec. Tous les musiciens qui la jouent ont souvent été seuls avec leur instrument avant d’intégrer un groupe.’ Les titres-phares de l’album ‘Notel, c’est une chanson très actuelle. On parle des Ape, du commerce inéquitable, de l’exploitation de l’Afrique par l’Occident. J’ai l’impression que l’Afrique a toujours été un continent oppressé avec la colonisation, l’esclavage, maintenant c’est le commerce inéquitable. Quand les Colons quittaient, ils nous disaient : ‘prenez votre indépendance’. Mais on n’a pas toujours notre indépendance, parce qu’on dépend toujours d’eux. Le commerce inéquitable, c’est pour moi la plus grande injustice que l’Afrique subit toujours. Talibé ; c’est un thème actuel. Il faut qu’on en parle, ces enfants que l’on voit dans les rues de Dakar : c’est une exploitation des enfants par des adultes. Je ne comprends pas comment un marabout peut demander une somme de 200 à 300 francs par jour à un jeune enfant. Il faudrait qu’il nous explique sur quelle loi, il se fonde. Moi je suis contre ça, et je le dénonce. Koleuré , c’est une chanson d’un grand frère qui donne des conseils à son cadet, qui quitte le village pour aller en ville, qui quitte son pays pour aller à l’extérieur. Il lui dit de faire attention à toutes les tentations qui veulent le dévier, de ne jamais oublier ce qu’il a laissé derrière lui, parce que, tôt au tard, il devra revenir. Sama Yoon : Dans ce morceau, je me donne du courage à moi-même. J’ai traversé des chemins très difficiles. J’ai eu beaucoup de problèmes dans ma vie, par rapport à ma carrière musicale, il y a eu beaucoup d’obstacles sur ma route, mais je n’ai baissé les bras. J’ai toujours combattu. Quelque part Sama Yoon, c’est mon histoire. Et je le dis à tous les Xosluman (débrouillards en wolof ; ndlr) de ne jamais baisser les bras. Au bout du tunnel, il y a une lumière. Le soleil brille pour tout le monde. Aladji : c’est une reprise de Taara, à ma manière. C’est un standard qui a été chanté par beaucoup de musiciens sénégalais, maliens, guinéens. Mais j’ai essayé d’y apporter ma touche personnelle. Si je dois reprendre un morceau chanté par tout le monde, il fallait nécessairement que j’apporte quelque chose de nouveau. C’est pourquoi je ne l’ai pas intitulé Taara, mais El Hadj, en hommage à El Hadj Omar. Et j’ai carrément changé l’arrangement musical, même au niveau de la chanson, j’ai changé les couplets.’ Pas une seule note de mbalax cette fois ‘Dans tous mes précédents albums, il y a eu un ou deux morceaux à connotation mbalax. Cette fois-ci, j’ai tablé sur un style purement acoustique, avec des sonorités un peu mandingue et afro. De plus en plus le public sénégalais consomme ce genre musical, donc je me suis dit pourquoi ne pas faire un album acoustique. Si vous écoutez les albums qui sortent actuellement, l’acoustique est entrain de gagner du terrain, et c’est normal. Les musiques douces demandent beaucoup de créativité et s’adressent à un public d’un certain niveau. Avec tous les problèmes de la vie, les gens ont besoin d’autre chose, de la belle mélodie, de la musique soft. Il est toujours bon de danser sur un son, mais à la longue ça devient lassant.’ Prendre sa musique en main ‘C’est mon premier album auto-produit, et j’en éprouve une fierté. Parce que d’habitude, il fallait tout le temps courir derrière un producteur. Mais avec l’auto-production je deviens indépendant, je gère par toi-même mon produit. C’est la preuve d’une certaine maturité de ma part de pouvoir faire mon album sans faire appel à un producteur extérieur. J’ai fait au minimum trois millions dans ce produit. C’est un début. J’espère dans l’avenir pouvoir faire une plus grosse production. Il faudra avoir un peu plus de moyens. Je pense que pas mal d’artistes ont les moyens de s’auto-produire. C’est vouloir faire dans la facilité que d’aller voir un producteur. Mais l’essentiel des artistes dans ce pays peuvent se faire produire par eux-mêmes. Trois millions pour faire un album, c’est le minimum, ce n’est pas une énorme production. L’essentiel, c’est de commencer. Il faut oser le faire. C’est sûr que dans l’avenir je pourrais dépasser ce niveau, mettre un peu plus d’argent. Pour une première expérience, il ne fallait pas mettre beaucoup d’argent, parce que je n’espère pas en gagner plus.’ Débuts dans l’arrangement ‘J'ai fait appel à beaucoup de musiciens pour rendre l’album riche. Je dois préciser que la moitié des morceaux, je les ai arrangés moi-même. Sur dix morceaux, j’ai réussi à arranger cinq : c’est-à-dire que j’ai composé la mélodie et fait les grandes lignes. Ca aussi, c’est une grosse satisfaction. A l’origine était la tradition ‘Les instruments traditionnels, ce sont des instruments acoustiques. Pour moi, c’est bon d’associer ce qui nous appartient à d’autres sonorités modernes. Ça ne fait que renforcer la valeur de la musique. J’ai fait exprès d’intégrer dans ma musique des instruments comme le xalam, la kora. Ce sont des instruments de chez nous, donc c’est à nous de pouvoir les utiliser dans notre musique pour mieux les exporter. J’ai eu à la base une éducation musicale traditionnelle. J’ai joué avec des instruments traditionnels avant de prendre la guitare. Je me suis beaucoup inspiré de la musique mandingue. J’ai commencé par jouer avec un koriste qui s’appelle Lamine Kouyaté, et on a fait beaucoup de scènes ensemble. Dans mes albums, il y a eu toujours des sonorités mandingue. A mes débuts, j’ai été aidé par un musicien qui s’appelle Daby, il me faisait chanter des titres de Boubacar Demba Camara du Bambeya Jazz. C’est ça qui m’a beaucoup rapproché de la sonorité mandingue, et des instruments comme la kora, le balafon, etc. Ce qui fait que cela n’a pas été difficile d’intégrer ces instruments dans ma musique.’ Diversité rime avec sénégalité Je me vois comme un sénégalais à 100%. Cela se reflète dans ma musique. Je suis wolof, j’ai une mère toucouleur, j’ai une grand-mère sérère, un grand-père peul. Donc je suis un mélange et je veux sortir tout ça à travers ma musique. Ne soyez jamais surpris si vous entendez des rythmes sérère ou des mélodies du Fouta dans ma musique. J’essaie de refléter ma sénégalité dans ma musique. Par exemple, cela été très facile pour moi de chanter en pular, puisque ma mère est Hal pular.’ Un album d’international à venir ‘Dans l’album d’international qui sort cette année, il y aura une reprise du morceau Minuit, qui est une création originale, non pas de Baaba Maal comme beaucoup le pensent, mais de Keïta Fodéba, un très grand chanteur guinéen. C’est pareil pour Taara, c’est un griot mandingue qui l’a créé. Taara signifie en Bambara celui qui est parti. Cette chanson a été crée quand El Hadj Oumar a disparu dans les falaises de Badiangara. Minui et Taara sont des standards de la musique africaine. Et cet album international ne sera pas très loin celui qui est sorti au Sénégal. Ce sera à peu près les mêmes connotations rythmiques. On peut dire que ce sera la suite de Feel acoustique en quelque sorte.’ Propos recueillis par Mbagnick NGOM ET Abdou Rahmane MBENGUE (walf) |
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