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ORCHESTRA BAOBAB : a night at club baobab E-mail

ImageLa musique métissée de l’Orchestra Baobab mêle instruments électriques importés et percussions de facture locale, rythmes et mélodies tirées du folklore sénégalais et improvisations jazzistiques.
Un « groove polymorphe », marque de fabrique de l’Orchestra Baobab, qui entrecroise douceur et swing, funk et salsa, rythmes réguliers et syncopes surprenantes : quelque chose d’autre, nouveau, dansant, séduisant et sensuel. Différent, exotique, mais si familier pour les amants des musiques afro-américaines et africaines.

Une musique de danse étonnante par son originalité, déroutante et indéfinissable, envoûtante si l’on se laisse bercer sans trop y réfléchir.

Les enregistrements présentés dans cette rétrospective (1972-1978) datent de la période à laquelle l’Orchestra Baobab anime l’élégant « Club Baobab », situé dans un complexe du même nom regroupant un bar américain, un restaurant et une boîte de nuit.

Indépendance cha-cha

Depuis l’indépendance acquise en 1960, les nuits dakaroises sont principalement animées par les musiques cubaines. Une clientèle aisée d’élites politiques et économiques qui dirigent l’Etat présidé par Léopold Sédar Senghor boit et danse dans les clubs de Dakar au rythme du montuno cubain. Mais le souci politique de doter la culture nationales d’une expression originale et moderne encourage également les manifestations artistiques autochtones.

L’Orchestra Baobab reprend ainsi une formule consacrée par ses prédécesseurs d’Afrique de l’Ouest (tel le Bembeya Jazz National en Guinée Conakry, les Maravillas de Mali de Boncana Maïga à Bamako, le Star Band à Dakar) : les élites des nations nouvelles vibrent tant au rythme de musiques inspirées des folklores locaux que des musiques caraïbes ou noires américaines. Les folklores sont harmonisés par des arrangements orchestraux modernes pour le plaisir d’un public demandeur de distractions nocturnes qui soient autant les réinterprétations des folklores entendus dans l’enfance où toujours interprétés au village, que les musiques étrangères en vogue en Occident.

Mais à l’inverse de l’orchestre Star Band, son concurrent du club « Le Miami », l’Orchestra Baobab choisit au départ de ne pas se figer sur l’apport culturel wolof, principale ethnie présente au Sénégal. C’est notamment pour cela que le tama - cet instrument de percussion à deux peaux tendues par des cordelettes, appelé souvent talking drum, et joué sous l’aisselle – est quasiment absent dans la musique de l’Orchestra Baobab. Les racines sénégalaises du Baobab s’expriment alors surtout dans le chant de Laye M’boup, griot wolof et premier vocaliste de l’orchestre, que nous pouvons entendre sur « Yolanda ».

Comme en Guinée ou au Congo, l’Orchestra Baobab perpétue une pratique ancienne pour réinterpréter les influences cubaines en fonction des sensibilités et des modes locales. En Afrique, la clave cubaine, ce motif rythmique qui caractérise les musiques de Cuba, n’est pas joué au piano mais à la guitare. C’est ici celle de Ben Geloum qui donne un accent très singulier au montuno dakarois : le résultat, plus doux et moins percussif que le son de clave cubain, peut être entendu sur « Yolanda » et « Jin ma jin ma ».

« Yolanda » (plage 13, 1972) est emblématique du « son » latino qu’était celui de l’Orchestra Baobab à ses débuts. La tumba de Moussa Kane accompagne l’orchestre dans une version très fidèle au montuno cubain (musique populaire contemporaine, née au 19ème siècle de la rencontre entre musiques espagnoles et africaines), et Laye M’boup fait résonner l’héritage des griots dans son timbre de voix. Ni tout à fait cubain, ni complètement sénégalais, l’Orchestra Baobab des débuts porte déjà son originalité en gestation.
La salsa « Jin ma jin ma » (1) conserve la douceur du montuno original. Mais on mesure la distance entre cette composition, enregistrée en 1978, et le vieux « Yolanda » de 1972. « Jin ma » noie une clave résiduelle dans un métissage tous azimuts au carrefour des cultures wolof, casamançaise et afro-cubaines.

Dakar Noire et Métisse.

Panafricain et national, enraciné dans les cultures régionales du Sénégal et de ses frontières, moderne, l’orchestra Baobab symbolise par ailleurs la Négritude chère à Léopold Sédar Senghor.
Ce n’est pas un orchestre national officiel à proprement parler conçu comme expression d’une culture centrale wolof : l’orchestre est bel et bien installé dans la capitale mais il porte aussi en lui toute la diversité ethnoculturelle d’un Sénégal uni. Plus cosmopolite que ses concurrents, plus élitiste peut être, le « son » du Baobab est à l’image d’un Dakar très ouvert à la modernité occidentale.

Le wolof, la langue nationale, est la principale influence dans les autres orchestres de la capitale. Mais les sources sérère, toucouleur, malinké ou créole inspirent tout autant le registre de l’Orchestra Baobab. Le répertoire sélectionné reflète la diversité des choix artistiques et des origines culturelles et/ou géographiques de ses membres. Rudy Gomis, Balla Sidibé et Charles N’diaye sont casamançais et apportent les influences mandingues, diolas et créoles de portugais (la Casamance jouxte l’ancienne colonie portugaise de Guinée-Bissau). Barthélemy Attisso est togolais et Peter Udo, Nigérian ; Mountaga Kouate et Issa Cissokho sont sénégalo-maliens, issus du groupe malinké ; Laye M’boup et N’diouga Dieng sont wolof ; Ben Geloum est descendant de marocains. Enfin, Medoune Diallo est toucouleur. Ainsi, « Diarabi » (2), la fille, est tiré du répertoire malinké. « Liti liti » (7) reprend un chant toucouleur. La ballade « Cabral » (4) est un clin d’œil à la présence lusophone toute proche. Le thème funk « Kelen ati len » (6) fait « feu de tout bois » et adapte très librement un classique wolof.

La musique de l’Orchestra Baobab mûrit des sonorités nouvelles dans le paysage musical sénégalais, puise son inspiration dans des sources nouvelles, et rencontre très rapidement un succès national. D’orchestre d’un club pour élites dakaroises, le Baobab est vite devenu le plus connu de son pays, projetant même sa notoriété hors des frontières.

« No business, no show »

Ce succès rapide s’explique bien évidemment par le talent des musiciens. Mais celui des entrepreneurs qui ont idéalisé le Club est tout aussi important. Leur capacité à attirer certains des meilleurs musiciens et chanteurs du Dakar by night, à diffuser leur musique à un public plus large que celui du club, à accompagner les progrès technologiques de l’industrie phonographique, sont des éléments moteurs dans la réussite du projet.

A Dakar beaucoup de musiciens et quelques orchestres se disputent une place sous les spotlights, mais la capitale ne compte en définitive que peu de clubs et encore moins de clients. L’impossibilité de rendre effectifs des contrats d’exclusivité ouvre la porte aux départs constants des membres des orchestres les plus convoités par les producteurs et rend les formations très instables. En moins de dix ans, Laba Sosseh, Youssou Ndour, Balla Sidibé, Idrissa Diop et de nombreux autres se séparent des formations où ils ont bien souvent fait leurs classes pour créer d’autres groupes.

Quant aux membres du Baobab, ils sont recrutés dans les autres formations déjà actives dans les boîtes dakaroises. Le premier chef d’orchestre, Baro N’diaye, travaillait auparavant au bar-restaurant club « La Plantation ». Saxophoniste ténor, c’est lui qui forme la première mouture de l’orchestre du Baobab, probablement avec le bassiste Sidath Ly. Balla Sidibe, Rudy Gomis et Barthélémy Attisso sont issus du Star Band, qui animait le club « Le Miami » d’Ibrahima Kasse ; Issa Sissokho, du Vedette band, où il officiait aux côtés de Laba Sosseh, le Vedette étant lui même une dissidence du Super Star de Dakar du légendaire saxophoniste Nigérian Dexter Johnson.

En outre, la qualité technique des enregistrements de l’Orchestra Baobab, même si elle rivalise difficilement avec celle des groupes américains de la même époque, est un atout de poids. Les enregistrements présentés dans ce volume, tirés des labels Buur (5, 6, 8, 9, 10, 12) et Musicafrique (1, 2, 3, 4, 7, 11) dénotent un progrès du travail d’enregistrement et de mixage, reflet d’une volonté de se démarquer des enregistrements locaux L’ensemble de la production discographique dakaroise des années 1970 est de qualité médiocre. La prise de son, réalisée la plupart du temps en live dans des clubs mal sonorisés, résulte en des sessions où les aigus et les sonorités moyennes saturent au détriment de lignes de basse très étouffées. C’est le cas pour les premiers disques du Xalam, du Ngewel, et surtout du Star Band, seul véritable rival de l’orchestre du Baobab pendant le début de la décennie. Après les deux premières sessions publiées en disque en 1972, dont est issu « Yolanda » (13), les producteurs du Baobab décident dès 1974 de finaliser le mixage, faire le graphisme des pochettes et la fabrication des disques à New York.

Le Club Baobab ferme ses portes en 1979. Mais l’Orchestra Baobab demeure actif, et continue d’enregistrer des disques magnifiques. Au fil des changements techniques et stylistiques, avec l’apparition de la mini-cassette qui ouvre la porte à la piraterie en masse, l’explosion du m’balax, et du simple fait qu’il n’anime plus un club destiné à certaines élites, se perd le cachet si particulier aux enregistrements d’une époque marquée par une vie nocturne intense.

Aujourd’hui, l’Orchestra Baobab reste intensément présent sur la scène des musiques sénégalaises. Leur dernier enregistrement studio date de 2002 et est le plus gros succès de leur carrière. Trente ans après les enregistrements inclus dans cette rétrospective, le son contemporain du Baobab demeure pourtant fidèle à l’impulsion originale. La même formule magique a désormais conquis sa place dans le paysage des musiques populaires modernes.
 
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