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Ndiouga DIENG, auteur-compositeur : Le Baobab, c'est une philosophie de vie Votre email

ImageLeur formation musicale avait séduit plus d’un mélomane des années 70. Mais cela n’avait pas pour autant empêché les musiciens du Baobab de gérer ce succès avec humilité. Dans la deuxième et dernière partie de l’entretien qu’il nous a accordé le maestro Ndiouga Dieng évoque les forces du Baobab, dont la vie se résume à une discipline de groupe.

Du Baobab au Ngalam en passant par le Djander

‘Quand l’orchestre a quitté la boîte de la Rue Jules Ferry pour aller au Djander en 1977, je suis resté au Baobab avec Médoune Diallo car, ma reconnaissance envers Adrien Senghor et Ousmane Diagne ne me permettait pas de quitter la boîte. Les autres ont été débauchés par Abdou Diaw, le propriétaire du Djander. Avec d’autres musiciens venus de la boîte de nuit Grotte de Thiès, nous avions reformé le Baobab qui n’a pas eu le même succès que le Baobab original. Et j’avais fini par rejoindre les autres musiciens au Djander que nous avons quitté par la suite pour le Ngalam. Mais après la fermeture de la boîte Baobab, tous les autres membres avaient rejoint le Ngalam sauf Bengeloum qui était retourné à la Société nationale de collecte et commercialisation de l’arachide où il était un responsable. Mais entre temps, nous avons joué au Balafon, Djander et même au Sahel. En 1983 nous avions enregistré pour la première fois, deux albums en même temps. Et ce sont ces dernières cassettes Sénégambie et Koleré qui ont été piratées par le producteur anglais Nick Gold.’

Forces du Baobab

‘Nous avions déjà tous un âge avancé lorsque nous formions le Baobab. Ce qui fait que les moments de succès étaient vécus avec humilité. Mais au-delà, nous avions affaire à l’époque à des personnalités qui avaient une notoriété avérée. Cela n’a rien à voir avec ce qui se fait actuellement chez les jeunes. Nous avions l’habitude de faire notre travail avec beaucoup plus de sérieux et de responsabilité. Ce qui explique que le laxisme qui existait dans les autres formations musicales n’existait pas au Baobab. Il n’y avait pas de jalousie ni de rivalité. Chacun se limitait à son travail et jouissait de l’admiration de ses propres fans. Il avait une entraide dans le groupe et l’on s’appréciait mutuellement. C’est ce qui a d’ailleurs facilité notre retour au Baobab. Parce qu’en ce moment chacun de nous avait envie de retravailler dans le groupe.’

orchestra_baobab_1.jpgLe Baobab, une bande de sapeurs

‘C’est vrai qu’avec le succès, les femmes nous envahissaient. Mais personnellement, je m’étais tracé une ligne de conduite, dès le début de ma carrière. Mes amis en avaient fait de même. Cela nous avait permis de gérer le succès. Même si, ce n’était pas évident dans ce milieu plein de tentations… Mais heureusement pour nous, un respect indéfectible nous était voué par nombre d’admirateurs. D’ailleurs ceux qui venaient nous trouver dans notre fief ne se présentaient pas avec n’importe quelle tenue. Parce que nous autres musiciens du Baobab aimions la sape. Nous avons été les premiers à porter des costumes Al paga moukher en Afrique, donc personne n’osait venir à notre soirée sans être bien habillé, car nous donnions déjà l’exemple. Même si quelqu’un avait envie de se défouler, il s’y prenait après les prestations mais pas au sein de l’orchestre. Le Baobab avait mis en place une ligne de conduite. Parce qu’il était dirigé par des personnalités. Et le groupe avait en son sein des musiciens qui étaient ambitieux. Vous savez, quand une personne dirige quelque chose, c’est à lui d’en définir les modalités. Et finalement quand on s’y exerce, on parvient à adopter la ligne tracée. Cette ligne de conduite nous convenait bien. Parce que nos fans s’y retrouvaient et ils nous appréciaient pour cela. A mon arrivée au Baobab, je n’ai pas eu de problème d’intégration. Parce qu’en tant que militaire, je savais ce que signifiait la discipline et pourquoi également j’étais dans le groupe.’

Des cachets de sept à douze mille francs la semaine

‘Au moment où le Baobab jouissait d’un grand succès, il n’y avait pas beaucoup d’argent dans la musique. Mais il faut reconnaître que le Baobab tirait son épingle du jeu. Parce que nous gagnions de l’argent avec le travail que nous faisions mais des fans faisaient également preuve de générosité à l’endroit des musiciens sur scène. L’orchestre Baobab ne se produisait pas pour un rien. Nous avions très tôt pris conscience de la valeur de la musique. Et avec ce que nous gagnions, nous parvenions à vivre avec décence, bien qu’il n’avait pas beaucoup de millions, comme c’est le cas aujourd’hui. Nous avions à l’époque des cachets, payés la semaine. Parfois les cachets variaient entre sept mille et douze mille francs. C’était beaucoup d’argent à l’époque d’autant que plusieurs fonctionnaires n’avaient même pas trente mille francs de salaire. Et parfois, il arrivait que le musicien gagne sur scène plus de dix fois le montant de ses cachets. Une seule personne, séduite par un musicien, pouvait lui donner une somme qui dépasse trois fois son cachet. Nous vivions donc aisément de ce métier.’

Chansons latines avec des paroles Wolof

‘Chanter en Wolof est plus difficile de toutes les formes de chanson que l’on peut faire, car le Wolof est une langue lourde, dure. La chanson en Wolof doit être composée de manière rigoureuse. Si vous écoutez bien les chansons maliennes, ou même guinéennes, elles ont les mêmes solos, car la musique est glissante. Leurs musiciens ont plus de facilité. Par contre, pour rimer une chanson Wolof, il faut une certaine harmonie dans les paroles avant de l’associer à une musique. C’est pourquoi je dis que chanter en Wolof est plus difficile. Mais cela peut être facile pour le chanteur s’il prête attention à ce qu’il entend. C’est ce qui permet d’être toujours dans le tempo musical. Nous chantons en Wolof en le modernisant avec des sonorités Salsa, Pathianga, Morolan, etc. C’est la musique des quatre pas qui était en vogue à l’époque. Les morceaux solos aussi étaient travaillés de la sorte. Le chanteur arrive avec ses morceaux écrits et l’orchestre se charge de composer la musique par rapport aux paroles. Aujourd’hui, toutes les musiques que l’on danse au rythme des quatre pas sont appelées Salsa ; alors que ce n’est pas toujours le cas (…)’

Techniques de compositions musicales

Si un musicien du Baobab se mettait à composer, par exemple, une chanson, on se concertait tous pour discuter et chacun donnait son avis. Si c’était du folklore, les musiciens savaient comment le moderniser. Et au final, on adoptait la meilleure formule. C’est pourquoi on n’avait pas de problème de créations. Je disais souvent à Balla Sidibé : ‘vous êtes des maîtres, parce que vous avez facilité la tâche aux chanteurs de folklore, en leur permettant de pouvoir faire de la musique moderne’. Ce qui fait qu’après, nous avons, au niveau du Baobab, excellé dans la musique moderne comme traditionnelle. Nous avons appris la chanson à travers la musique traditionnelle, mais nous travaillons dans la musique moderne. Le Baobab n’improvisait jamais une chanson. Comme le font certains, qui s’invitent sur scène pour entonner aussitôt un morceau sans aucun préalable. Ce n’était jamais le cas au sein du Baobab.

Langues nationales et musique afro-cubaine

orchestra_baobab_4.jpg‘Au Baobab, c’est le Togolais Atisso Barthélémy qui s’occupait des arrangements. Même si, chacun de nous pouvait donner son point de vue. Nous faisions à l’époque de la musique afro-cubaine qui est une musique qui a ses origines en Afrique. Les tempos et la musique sont originaires d’Afrique. Les Cubains l’ont récupéré en y apportant leur touche. Et c’est cette musique qui nous est revenue. Auparavant personne ne chantait en Wolof. On reprenait juste les chansons cubaines avec les paroles et langues utilisées sans y apporter une touche quelconque. Les gens se contentaient de recopier les morceaux du groupe Aragon, Pacho el Prayo, etc. A l’époque, il n’avait pas cette politique de promotion de nos langues locales. Il y a eu par la suite beaucoup d’initiatives pour allier cette musique latine avec nos langues nationales. Pape Seck a notamment essayé avec son morceau Yekal Lakh bi ñior na. On entendait aussi Kunta Mame Cheikh à Kaolack. A Thiès et même en Gambie, il y avait d’autres artistes qui ont essayé de s’illustrer avec les langues nationales. Mais ce n’était toujours pas comparable avec l’éclairage apporté par le groupe Baobab ou encore le groupe Number One d’alors. La musique salsa était dans les années 70 la seule musique en vogue. Lors des baptêmes et autres cérémonies familiales, les gens ne dansaient que de la musique salsa, les Aragon, ou encore la musique congolaise ou les rythmes du Bembeya jazz de la Guinée, etc. Le Baobab a révolutionné la musique pour l’adapter à nos réalités. Et c’est ce qui continue jusqu’à présent. Nos chansons véhiculaient des messages qui pouvaient éduquer et éveiller. Face au succès retentissant de la musique latine, seule la musique Mbalax, qui est venu bien après, a réussi à détourner le public, car c’est un rythme de chez nous. Soit c’est du Ndawrabine, Ndaga ou encore du Céébu Djeun. Le Mbalax est une musique de rythme. Tout le monde pouvait le danser. C’était différent de la musique du Baobab qui était plus destinée aux mélomanes dits ‘branchés’ sur les rythmes afro-cubains. Le Baobab a joué même du Mbalax mais c’était du Mbalax moderne. Avec les morceaux Boul mamine, Bouna Ndiaye qui sont dansés différemment, suivant qu’ils étaient joués devant des Sénégalais ou des Blancs. Il nous fallait à travers nos chansons essayer d’attirer les gens par rapport à leur goût et les éduquer par les messages diffusés.’

La musique en héritage

‘J’ai tout fait pour éviter de chanter, mais c’est quelque chose qui est inné chez moi. Je ne pouvais pas faire autrement vu que ma mère Ndèye Ngom Bambilor est une grande chanteuse. C’est à la limite héréditaire dans la famille. Alpha Dieng, mon fils aîné s’y est mis. Il a sorti un album. A la maison, même mes enfants les plus petits chantent. Cependant il ne suffit pas seulement d’héritage dans cet art, il faut également apprendre la musique. Il faut aussi respecter le métier. Dans ce milieu, j’ai toujours fonctionné suivant des principes. La musique est un métier comme les autres. C’est pourquoi je ne l’ai jamais minimisé. J’avais fondé toutes mes ambitions dans la musique. Je suis parvenue à acheter une maison et à fonder une famille avec ce métier. Le seul regret est que beaucoup de musiciens de notre époque manquaient d’ambitions. Certains parents refusaient même de marier leurs filles à un musicien. Il y avait tellement de facteurs qui devaient amener le musicien à prendre conscience de sa situation sociale. Mais les gens n’avaient pas la même perception sur certaines réalités.’

Regards sur la création musicale

‘La musique a beaucoup évolué aujourd’hui. Il y a des styles assez variés. Les rappeurs s’investissent et certains ont de bons textes. Les adeptes du Mbalax ne veulent pas être en reste. Chacun à sa façon de travailler. De manière générale, la musique a atteint un haut niveau. Mais des musiciens sont tentés par la facilité, à l’image de ceux-là qui ne versent que dans les chants d’amour. Quelque part je les comprends un peu, c’est ainsi qu’ils vivent leur époque. Pour ma part, mon souci à travers mes chansons, est de faire en sorte que 40 ans après ma retraite musicale, que je ne puisse rien regretter de ce que j’ai eu à dire dans mes textes. Que mes enfants et petits-enfants soient toujours fiers de mes chansons. Dieu m’aide dans ce sens jusqu’à présent. Tous les musiciens doivent avoir cela à l’esprit. La musique doit divertir et éduquer, comme le font les islamologues lorsqu’ils prêchent. Le chanteur Thione Seck disait dans l’une de ses chansons : ‘si la chanson n’éduque pas, n’éveille pas, elle n’a pas de sens’. Il a parfaitement raison. La musique influe sur l’éducation des enfants, car ils reprennent en chœurs les chansons. Si ce sont de mauvaises paroles, vous vous rendez compte de l’effet qu’elles auront sur les enfants ? C’est pourquoi le musicien doit jouer un grand rôle dans la société et c’est ce qui a toujours guidé le Baobab.’ *(Fin)

Propos recueillis par Fatou K. SENE & Paule K. TRAORE

 
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